Numéro Journal: 50

Date: 2003-03-19

Titre: Gill Daudé

Préambule: Rencontre avec Gill Daudé, responsable du service œcuménique de la Fédération Protestante de France. Loin d’être l’affaire de quelques théologiens, il définit l’œcuménisme comme une exigence spirituelle qui doit être vécue jusqu’au sein de nos groupes de prière…

Texte: Gill Daudé, d’où venez-vous?

J’ai grandi dans une famille gardoise heureuse, à la limite du protestantisme historique et de la libre pensée, à l’esprit critique aiguisé mais qui avait aussi un sens de l’ouverture et de la conciliation. Ma découverte de l’Évangile s’est faite à l’adolescence, au carrefour de l’Église méthodiste, de l’Église Réformée et du mouvement charismatique et œcuménique naissant. Mes passages à la faculté d’Aix en Provence, où tous les milieux confessionnels se côtoyaient, puis au Cameroun dans la Mission Baptiste avec de fortes amitiés luthériennes et catholiques, et enfin à la faculté de Montpellier, dans une liberté théologique foisonnante, m’ont fait découvrir non seulement les richesses des uns et des autres, mais aussi leurs limites spirituelles et théologiques.

Qu'avez-vous fait après ces études ?

J’ai été pasteur à Montauban pendant 5 ans. Un temps de riche découverte du ministère dans un lieu de protestantisme historique où les collaborations entre les différentes Églises étaient d’une exceptionnelle qualité tant avec l’Église catholique qu’avec l’Église réformée évangélique ou pentecôtiste. Seule l’Église baptiste d’obédience américaine se tenait malheureusement à l’écart. Son rayonnement en pâtissait. Je ne sais pas si elle s’en rendait compte.

 

Ce temps a aussi été pour moi l’occasion de mesurer la diversité des cheminements spirituels et des formes d’expression de la foi des uns et des autres. Mais je me suis aussi heurté au sectarisme de celles et ceux qui ne prennent pas de distance par rapport à eux-mêmes et qui se posent en normes pour les autres. J’avais un peu l’impression qu’ils remplaçaient le principe de l’autorité des Écritures par l’exclusivisme de leur propre interprétation.

 

Après ces 5 petites mais riches années, j’ai été appelé à présider le conseil régional de l’ERF sud-ouest pendant 8 ans. Un ministère tout aussi pastoral où prédications, impulsions, accompagnement des personnes et des conseils, travail de formation, se joignaient au souci de l’unité de l’Église et à l’exercice de l’autorité (la plupart du temps collégiale). Là, j’ai réalisé l’importance de la “joyeuse soumission” à la règle commune (la discipline) et aussi la nécessité d’une communion ecclésiale qui dépasse les frontières locales car il y a des risques pour une communauté (et son pasteur) de s’enfermer sur elle-même. Accepter cette remise en question est parfois difficile mais salutaire.

 

Ces temps pas faciles m’ont sans doute confirmé dans une vision pessimiste de la nature humaine (même chrétienne !). Et je suis d’autant plus émerveillé de l’amour de Dieu qui choisit ces hommes et ces femmes, ces pauvrettes Églises, pour manifester sa grâce et sa bonne nouvelle. Et combien de gens, parfois dans des conditions difficiles, souvent dans l’anonymat, se donnent corps et âme pour témoigner à leur manière de l’Évangile, servir leur prochain. C’est pour moi un sujet de louange !

Pourquoi l’œcuménisme vous intéresse-t-il autant ?

Je ne vois pas comment témoigner du Christ qui nous réconcilie avec Dieu, avec nous-mêmes et avec les autres, si l’Église universelle ne parvient à offrir au monde que l’image d’un déchirement ! “Ces chrétiens ne font pas ce qu’ils disent”, voilà ce qu’on nous renvoie. Je l’ai ressenti très fortement en mission où il n’était pas de bon ton, selon les courants missionnaires, d’avoir des amis à la mission catholique. Dieu merci, les choses ont évolué. Et je le ressens aussi fortement aujourd’hui dans notre société qui a une réelle soif spirituelle mais qui cherche ailleurs, là où l’on prêche (et vit) l’harmonie. Nous avons un sacré handicap avec nos histoires religieuses violentes qui marquent encore l’inconscient collectif, mais on pourrait aussi parler de la violence des discours les uns sur les autres encore aujourd’hui. L’œcuménisme est donc pour moi une exigence spirituelle avant tout. C’est d’abord la vision de l’Église universelle et au-delà, la vision d’un monde réconcilié en Dieu. C’est aussi un enjeu capital pour l’évangélisation. Car on ne peut pas se contenter d’une Église invisible ! Puisque l’enjeu est le témoignage, il faut que cette unité se voie !

Alors comment faire ?

Et bien c’est là que commencent les problèmes. Car on touche aux convictions intimes des uns et des autres, chacun pensant que sa manière de comprendre et de vivre l’Évangile lui vient du Saint-Esprit et qu’elle est donc non négociable. Question de fidélité. Depuis des siècles, nous vivons les uns à côté des autres sans vraiment nous rencontrer. Il y a donc tout un travail pour lever les a priori, par exemple, vérifier que l’autre se retrouve dans la manière dont on parle de lui. Ou bien découvrir que ce que je croyais être hérétique chez l’autre ne l’est peut-être pas tant que ça. Ou encore, découvrir dans l’autre Église une véritable Église malgré les désaccords doctrinaux …

Comment mettez-vous tout cela en œuvre, concrètement ?

Le service œcuménique de la Fédération Protestante de France est au service des différentes Églises membres. Il suit et accompagne leurs engagements oecuméniques et leurs dialogues, chaque Église ayant ses propres avancées et blocages. Mon ministère est au cœur de ces questions et se déploie en 3 volets : • D’abord un volet formation : j’essaie de rendre compte des avancées, des dialogues, des problématiques œcuméniques ; je tente de stimuler, de faire comprendre, de faciliter la compréhension des uns par les autres et cela au travers d’articles, de conférences, de journées de formation ou de sensibilisation. • Puis un volet théologique : je participe à divers titres aux différents dialogues entre nos Églises. C’est pour moi un lieu de découverte et de formation très stimulant, pas seulement sur le plan théologique mais aussi spirituel et humain. Je me tiens aussi au courant des dialogues internationaux pour les répercuter chez nous autant que possible. • Enfin, un volet plus institutionnel de représentations diverses, de participation au Conseil d’Églises Chrétiennes en France qui tente de faire entendre la voix commune des chrétiens.

 

À cela s’ajoutent pas mal d’autres activités. L’organisation (avec la commission qui m’accompagne) du débat de l’assemblée générale de la Fédération Protestante de France sur l’œcuménisme (les actes sont disponibles). Nous avons aussi organisé cette année une semaine de formation pour des jeunes (tranche étudiante) de toutes confessions. Notre souci étant aujourd’hui de former de nouvelles générations qui seront demain responsables dans leurs Églises et de leur permettre de trouver un juste chemin entre repli identitaire et confusionnisme spirituel.

À quel niveau, selon vous, se situent les Baptistes en ce qui concerne les relations œcuméniques ?

Les Baptistes ont beaucoup d’atouts pour un engagement œcuménique sain : une clarté théologique, une spiritualité authentique (car l’œcuménisme est dans la prière), un souci de l’évangélisation, un pragmatisme réel. Cela se traduit par de réelles avancées. Je pense notamment au dialogue avec l’Église catholique, plusieurs ouvrages sont sortis qui en rendent compte. Le dialogue baptiste/catholique français a aussi travaillé des questions clés comme le baptême et la cène. Il travaille actuellement la question de l’Église. Vous voyez, on est capables d’aborder des thèmes “qui font mal” en toute fraternité. Rien que cela, c’est déjà un témoignage !

 

Le monde baptiste dialogue aussi avec le monde luthéro-réformé au niveau national et européen. Là, la proximité est évidente mais une communion ou une reconnaissance d’Église à Église demandera encore du temps pour parvenir à une pleine reconnaissance mutuelle du baptême, des ministères, etc. …

 

Notre monde protestant, me semble t-il, évolue vers plus d’écoute les uns des autres. C’est exigeant, parfois douloureux, mais nécessaire. Il faut que cela se fasse au niveau local aussi. Le pire serait que les comités directeurs ou les théologiens soient seuls à porter cet engagement. Car je le redis, c’est une exigence spirituelle. Elle concerne tout le peuple de Dieu et doit commencer par la prière. Si nous sommes “en Christ”, comment ne pas nous approprier la prière de Jésus à Gethsémané : “Qu’ils soient un afin que le monde croie” ? Combien de gens y pensent dans les groupes de prière ? Si notre prière est biblique, elle aura vocation à porter devant Dieu l’unité de l’Église universelle qui n’est évidemment pas uniformité, mais communion dans la diversité.

 

Si les chrétiens ne cultivent pas leur fraternité, comment le monde construira-t-il une paix réelle et où trouvera-t-il la Bonne Nouvelle ?

Propos recueillis par Nathalie GUILLET


Numéro Journal: 49

Date: 2003-03-19

Titre : parrains de l’Espoir

Préambule: L’association “Parrains de l’Espoir” est située à Illkirch, dans la banlieue de Strasbourg. Elle a été fondée par André Gasser, son actuel directeur, mais son action s’étend partout dans le monde. Marié avec Elisabeth le couple, qui a trois enfants et trois petits-enfants, est membre de l’Église Baptiste de Strasbourg-Meinau. En cette période que nous souhaitons propice à la générosité, nous avons pensé utile de vous informer d’une action qui vaut la peine d’être connue.

Texte: Aider son prochain est une vocation, qu’est-ce qui vous a poussé à créer une association humanitaire ?

Cette longue histoire a commencé il y a un peu plus de vingt-sept ans. Mon épouse et moi-même, avons toujours aimé travailler parmi les enfants. Nous étions moniteurs lors de camps de vacances et à l’école du dimanche. En 1966, j’ai pris la succession de l’entreprise paternelle (grossiste en emballages). En tant que jeune chef d’entreprise, formé à la gestion et à la comptabilité, j’avais à disposition des locaux professionnels attenant à la maison familiale, dans laquelle nous habitons toujours. Après notre mariage en 1974, nous pouvions ainsi nous impliquer concrètement dans une activité chrétienne.

En 1975, nous nous sommes donc engagés bénévolement, en sus de notre travail, à représenter une œuvre chrétienne internationale qui venait en aide aux chrétiens persécutés derrière le rideau de fer. Cet engagement concret nous a davantage mis à l’écoute de la détresse du monde, si bien que petit à petit une vraie vocation d’aide du prochain est née dans nos cœurs.

Pour pouvoir mettre intégralement en pratique notre vocation, il fallait que je m’y consacre à plein temps, fonder une association autonome, mettre en place un comité, abandonner l’entreprise de mon père entre les mains de l’un de mes frères, disposer entièrement des locaux attenant à notre maison, acquérir du matériel de bureau, former des permanents et des bénévoles, louer et agencer plus de 1 000 m2 de locaux industriels, comme Centre Logistique pour les dons en nature. Tout cela a pu se faire, progressivement sur des années.

Parfois poussé vers l’avant, souvent freiné dans notre élan, nous avons aussi été rappelés à l’ordre par des subtils mais ô combien profonds “Pourquoi as-tu si peu de foi ?”. Dieu a toujours dirigé jour après jour nos vies et notre œuvre.

 En quoi consistent exactement les actions de Parrains de l’Espoir ?

Comme tout organisme humanitaire international, nos actions sont multiples. La première consiste à informer et à sensibiliser le public des besoins “sur le terrain” afin de collecter les moyens pour agir concrètement sur place. Si les médias sont de notre côté, notre tâche est grandement facilitée. Mais comme par exemple pour l’éruption du volcan dans la ville de Goma, en RDCongo (cf. Construire Ensemble du mois d’octobre) il ne reste qu’aux rares acteurs “sur le terrain”, de diffuser le plus possible d’informations, pour recueillir un maximum de fonds et assister les œuvres et les églises qui ont tout perdu.

Une autre partie de nos activités se passe “sur le terrain”. Il nous faut aller sur place, vivre avec la population, recueillir des témoignages, mettre en place des équipes locales, monter avec elles les programmes d’aide et de développement à long terme, puis les gérer, les évaluer et les adapter au fur et à mesure des moyens mis en œuvre. Les programmes sont adaptés dans la mesure du possible pour donner à la population locale les moyens de travailler par elle-même, à la réhabilitation et au développement de son propre environnement. Des développements communautaires villageois durables, au travers d'actions ponctuelles et de programmes à long terme, visant à l'autosuffisance sont ainsi mis en place par les populations elles-mêmes.

À Illkirch, nous sommes actuellement 7 permanents entourés en quasi permanence de 2 à 4 bénévoles et stagiaires. “Sur le terrain”, en fonction des programmes en place, nous dirigeons des permanents autochtones ou travaillons avec des associations et des églises locales.

 Avez-vous des priorités dans vos actions ?

Nous donnons la priorité aux programmes d’aide aux enfants, en intervenant au niveau de leur entourage direct et de leur milieu scolaire. Dans le respect de leur environnement, nous veillons également à leur santé et les aidons à préparer leur avenir. Nous soutenons matériellement des églises locales là où cela est possible et dispensons des formations théoriques et pratiques (hygiène, travail manuel, agriculture…) aux populations qui peuvent ainsi valoriser leurs propres ressources matérielles, économiques, culturelles et humaines.

Un des moyens est le programme de parrainage d’enfants

Par ce biais, nous donnons à des enfants issus de familles démunies du Tiers-monde la chance d'accéder à l'enseignement scolaire de base, qui est un des droits principaux de l'être humain. Ces dernières années, près de 15 000 enfants ont ainsi pu débuter dans la vie d’adulte, avec des bases solides, après avoir suivi une scolarité primaire normale.

 Qu’est-ce qui détermine les lieux d’intervention de votre association ?

Les premières années nous intervenions en cas d’urgence majeure, partout où il nous était possible d’aller

Puis au fil des années, nous nous sommes plus tournés vers un travail permettant une implantation à long terme. Notre première intervention eut lieu en Thaïlande en 1978 dans des camps de réfugiés venus du Laos, du Cambodge et du Vietnam. Ce travail nous a beaucoup marqués, a influencé nos actions suivantes et donné un essor à l’œuvre.

Avec d’autres associations, nous avions tout simplement répondu à l’appel de détresse d’hommes et de femmes qui ont dû fuir leur pays pour se réfugier, dans le plus grand dénuement dans “les camps de la mort”. J’ai pu assister au formidable travail des chrétiens réfugiés qui n’avaient nullement perdu leur foi, mais auxquels il fallait juste donner des moyens pour qu’ils puissent servir Dieu là où Il les avait placés. Actuellement nous sommes toujours présents en Thaïlande, oeuvrant dans des régions défavorisées du pays.

Après la Thaïlande, ce fut l’urgence au Portugal, auprès de 3 millions de réfugiés venus des anciennes colonies portugaises. Ensuite il y eut l’appel du Pakistan, puis de la Somalie, du Zaïre, de l’Ouganda, du Soudan, du Tchad, toujours auprès de réfugiés en détresse. La plupart de nos interventions en Afrique ont transité par le Kenya. De fil en aiguille, des liens se sont tissés avec des chrétiens de ce pays, aussi depuis 1983, un travail de développement à long terme, au nord du pays, est entrepris. En 1988, il y eut l’éruption du volcan Pinatubo aux Philippines, avec 650 000 sinistrés. Depuis nous travaillons dans les bidonvilles de Manille. A Madagascar, nos actions ont vu le jour en 1993, suite à une invitation à visiter des églises sur place.

Actuellement, nous recevons régulièrement des demandes d’aide émanant d’églises ou d’associations locales de beaucoup de pays pauvres. Malheureusement par manque de finances il nous faut faire des choix et nous sommes tristes de ne pas pouvoir donner une suite favorable à toutes ces requêtes bien fondées.

 Avez-vous actuellement des actions en Europe ?

À partir de notre Centre Logistique, nous acheminons également, vers la plupart des pays à l’est de l’Europe, au profit essentiellement d’églises et d’œuvres sociales chrétiennes, des biens en nature, que nous collectons, trions et conditionnons. Nous sommes par exemple présents en Roumanie depuis l’ouverture des frontières en 1990. Durant toutes les années de guerre en Croatie, et en Bosnie, nous avons acheminé au total plus d’un millier de tonnes de biens de première urgence, tels que des vivres, des habits, des couvertures et des médicaments à une population déplacée dans des camps de réfugiés ou vivant dans des villages détruits. Actuellement nos actions sur place continuent par la fourniture, tous les ans, de plusieurs milliers de bancs scolaires pour permettre aux enfants des villages détruits, de pouvoir suivre à nouveau une scolarité normale.

 Qu’en est-il de l’aspect chrétien de votre mission ?

Comme nous l’avons déjà dit, la scolarisation des enfants est une de nos priorités.

Par ce biais, beaucoup d’enfants peuvent ainsi suivre l’enseignement religieux dispensé et plus tard s’engager dans diverses activités de jeunes proposées par les églises locales.

L’autre aspect de notre travail est l’important apport logistique que Parrains de l’Espoir met tous les ans à la disposition de nombreuses églises locales. En voici quelques exemples : • En 1999 près de 100 000 Kosovars se sont réfugiés dans le sud de l’Albanie.

Parrains de l’Espoir a été la première œuvre sur place à les assister matériellement durant plusieurs mois.

Près de 40 personnes, chrétiens locaux et missionnaires étrangers leur ont distribué plus de 175 tonnes d’aide de première urgence acheminée à partir de Strasbourg, tout en leur apportant la parole de Dieu. Sans cette aide matérielle, le travail spirituel n’aurait pas pu se faire. Depuis, des églises ont pu naître et progresser dans cette région. • Une église évangélique d’Ukraine affrète régulièrement plusieurs semi-remorques par an pour venir charger à notre Centre Logistique des biens importants pour leurs activités spirituelles. Les tables, les chaises, les couvertures, les matelas et les aliments divers, biens purement matériels, sont indispensables à l’église pour pouvoir organiser des camps de vacances ainsi que d’autres activités d’évangélisation. • En Roumanie, des jardins d’enfants chrétiens fonctionnent en partie grâce à l’apport logistique de Parrains de l’Espoir. • Dans le sud de la Hongrie, une multitude d’églises évangéliques, sur plus de cent kilomètres à la ronde, font depuis des années un réel travail social auprès des déshérités de leur région, grâce aux biens acheminés par Parrains de l’Espoir.

 Avez-vous le sentiment que la mobilisation des chrétiens est suffisante face à la cause que vous défendez ?

Je pense que certains chrétiens évangéliques ont encore du chemin à faire dans ce sens. Bien souvent les dons aux missions d’évangélisation priment par rapport aux œuvres sociales.

 Qu’est-ce que l’action humanitaire apporte comme épanouissement à la foi chrétienne ?

Chaque chrétien doit vivre personnellement son épanouissement dans la foi qui l’anime.

Pour pouvoir la vivre pleinement, il doit avant tout être à l’écoute de Dieu puis lui obéir. Le chrétien qui soutient une action humanitaire en l’accompagnant de sa prière devrait ainsi être tout aussi épanoui par son geste que par toute autre action spirituelle.

Pour moi, la plus belle des choses, la plus grande des reconnaissances, c’est de voir le sourire d’un enfant heureux, épanoui, dans sa belle tenue scolaire, ou d’être invité à partager le repas avec une famille, dans un abri de 5 m2

Pour notre équipe recevoir et lire des centaines de lettres d’élèves qui peuvent aller à l’école au travers de notre œuvre est touchant et motivant. En voici un extrait : “…S’il existait un mot qui soit mieux que “merci” je l’utiliserais pour vous remercier. Mes parents vous envoient également toute leur gratitude et demandent à Dieu de vous bénir à tout jamais. En effet, sans votre générosité ils connaîtraient des difficultés à payer les frais scolaires, leur revenu étant très bas. J’aimerais beaucoup que vous sachiez que sans votre soutien, je serais perdu

Puisse le Dieu tout Puissant vous bénir de ses saintes mains et vous donner la force nécessaire pour poursuivre votre aide. Sur ces quelques mots, je vais finir ma lettre en vous demandant de prier pour moi comme je le fais pour vous afin que nous en sortions tous gagnants. David Nganga (Kenya)”.

Parrains de l’Espoir ne peut agir qu’au travers des dons des particuliers et des entreprises. Chaque geste est important pour les actions “sur le terrain” de l’œuvre.

Propos recueillis par GOMA MABIKA


Numéro Journal: 50

Date: 2003-03-19

Titre: Autour de la Bible

Préambule: Sans doute le savez-vous déjà : 2003 est l’année de la Bible. Tout au long des prochains mois, Construire Ensemble vous proposera des articles qui mettront en valeur telle ou telle facette de ce qui se vit, se fait, autour du texte biblique, de son étude et de sa diffusion.

Pour ouvrir cette longue série, ce dossier nous parle du projet, de sa préhistoire et nous montre l’intérêt de l’étude comme de moyens divers de communication de la Parole. Mais ce n’est qu’un coup d’envoi…À suivre…

Texte:

janvier03


Numéro Journal: 50

Date: 2003-03-19

Titre: Dépassée la Bible ?

Préambule: Évidemment la Bible ne dit rien sur Internet ! Est-ce que cela ferait d’elle un livre dépassé ? Il y a une façon de faire de la nouveauté, voire de l’actualité, un critère de pertinence qui mérite au moins réflexion !

Texte:

Quand les questions essentielles se posent à l’homme, qu’est-ce qui va l’aider à choisir ? Faudra-t-il débrancher le malade ? Sur quelles valeurs reposent mes choix de vie et ceux de la société dans laquelle je suis engagé ? La Bible aborde ces questions fondamentales et propose des réponses qui ont été reçues par des générations avant nous et encore aujourd’hui par des millions de personnes de toutes cultures.

 

La pertinence du message de la Bible est souvent contestée par ceux qui ne le connaissent pas. Ce message fréquemment caricaturé mérite, nous le croyons, plus qu’un instant d’attention.

 

Le succès de la Bible, best-seller universel, n’aide pas forcément à la réception de son message. En effet, cette “réussite” ne va pas sans caricature. Combien d’hommes et de femmes sont prévenus contre le message biblique ? Des bribes de connaissances héritées d’une éducation religieuse ou les on-dit de ceux qui prétendent savoir… tiennent souvent lieu de culture biblique.

 

Il est vrai que la Bible va à contre courant de bien des mouvements de la société occidentale. Elle se méfie de l’image, ne valorise ni la nouveauté ni la jeunesse ! Le Qohéleth, vieux sage mais éternel questionneur, en a long à dire sur ces sujets ! La jeunesse et l’aurore sont vanités… Il n’y a rien de nouveau sous le soleil…

 

La pertinence du message biblique se fonde premièrement sur une démystification des poncifs de notre société médiatique. Cela implique évidemment la volonté de prendre du recul pour être capable d’analyser ce qui se joue autour de nous et qui nous concerne et nous influence directement. Le message biblique est bien autre chose qu’un moralisme soi-disant judéo-chrétien ! Il est avant tout une invitation à la lucidité, à la réflexion. Le message biblique est tout sauf sur un prêt à penser ou un prêt à croire !

 

Le même Qohéleth va jusqu’à questionner la sagesse ! N’est-elle pas aussi poursuite du vent ? Et pourtant la sagesse vaut mieux que la folie…

 

Les grandes questions que la Bible pose obligent à poursuivre la réflexion et à partager la parole. La parole de Dieu est une parole qui invite les hommes à parler et à se parler.

 

La violence, sujet d’actualité s’il en est, mais sujet de toujours, est affrontée dès les premières pages de la Genèse. Caïn, lui, a refusé l’appel au dialogue que lui adressait Dieu, il s’est livré à la violence. La lecture de ce texte nous oblige à sortir des clichés, fussent-ils hugoliens,   « l’œil était dans la tombe et regardait Caïn »pour reprendre conscience !

 

Blaise Pascal, grand lecteur de la Bible, avait noté comment l’homme cherchait à oublier sa condition en se divertissant… Que dirait-il d’une société qui veut constamment divertir ? Sans le savoir elle déshumanise ceux qui ne peuvent plus réfléchir aux questions qui font leur dignité.

 

La Bible, que certains disent Parole de Dieu, n’assujettit pas l’humanité mais l’appelle à chaque page à se relever, à lever la tête, pour mieux vivre ensemble ce bonheur d’être enfin humain devant Dieu.

 

Mais parler de bonheur conduit finalement à évoquer l’élément central du message biblique : l’amour. Dieu, tout au long des pages de la Bible, dit qu’il nous aime ! Cette déclaration d’amour souvent négligée, parfois contestée, n’est-elle pas la Parole dont nous avons besoin ?

Claude BATY, pasteur, président de l'Alliance biblique française


Numéro Journal: 50

Date: 2003-03-19

Titre: La Bible jouée acteurs de l'évangile

Préambule:

Texte:

Un jour, nous avons fait la découverte du texte biblique. Ces paroles que nous lisions avec passion n'étaient pas comme les autres : elles bondissaient, elles faisaient “écho”. Leur écho était aussi une richesse d'images : nous voyions des événements et des personnages. Il donnait la saveur des répliques, l'épaisseur des discours, la puissance des mots. Et encore plus, aussi grands que les mots : les silences, jamais indiqués mais que le texte suggère et que le lecteur attentif pressent.

 

Pour nous, hommes et femmes de spectacle, comment cette vie foisonnante pouvait-elle rester au bord de notre activité principale ? Nous avons voulu être la “caisse de résonance” de cette Parole qui bouleverse, lui livrer nos gestes, nos voix, le rythme de nos déplacements dans tout ce que nous présentions sur scène. Car la Bible est devenue notre spectacle. Non pas un spectacle pour échapper à la réalité du quotidien et se “divertir” de cette réalité, mais un spectacle pour justement saisir cette réalité. Et pour cela nous n'étions pas seulement les acteurs d'un texte, mais aussi les témoins d'un message. Ainsi, nous pouvons aborder l'Évangile de l'intérieur, c'est à dire que les mots, tellement intégrés, tellement “sus par cœur” nous les entendons sortir de notre bouche, et nous sommes évangélisés en premier, avant même les spectateurs. Nous “prêtons chair” aux personnages, un bref instant, le temps qu'ils nous effleurent, que nous en tirions leçon, que nous recevions un peu de ce qu'ils disent de Dieu Et puis, il y a la rencontre sans cesse renouvelée avec Jésus. Jésus, qui est là au cœur de l'Evangile d'une présence telle que c'est Lui l'Évangile. Du coup, il n'est jamais un personnage, il est l'écho dont nous parlions au début, il est ce qui circule dans nos vies : les questions et les réponses, les attentes et les enthousiasmes, le rire et l'Espérance. Alors, s'il n'est pas un personnage, comment “prêter chair” à Jésus ? C'est pourtant possible… puisque la grâce reçue à chaque représentation par ceux qui ont soif, c'est de sentir quelque chose de lui et d'apprendre un peu mieux à le connaître.

Alain et Marion COMBES


Numéro Journal: 53

Date: 2003-04-02

Titre: L’A.C.A.T.

Préambule: Entretien avec Hélène Palard, responsable de la communication de l’ACAT-France

Texte

Présentez-nous l’ACAT, son histoire.

L’ACAT est née en 1974 quand deux femmes protestantes, très vite rejointes par des amis catholiques, orthodoxes et quakers décident de sensibiliser les chrétiens et leurs Églises au scandale de la torture.

En 1987 le mouvement devient international avec la création de la FIACAT, ou Fédération Internationale de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture. Elle est dotée du statut consultatif auprès des Nations Unies, du Conseil de l’Europe et de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples.

Au total, ce sont maintenant une trentaine d’ACAT qui agissent dans le monde, en Europe, en Afrique, en Amérique ou en Asie.

L’ACAT-France est une association reconnue d’utilité publique, elle est membre de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme.

 Quels sont vos objectifs ?

Le mandat de l’ACAT est d’abolir la torture et la peine de mort partout dans le monde (Cf. article 5 de la Déclaration universelle des droits de l’homme) mais notre tâche est aussi d’assister les victimes de ces tortures et de concourir à leur protection.

On peut s’en alarmer : 50 ans après la Déclaration universelle des droits de l’homme, la torture est encore couramment pratiquée dans plus de la moitié des pays du monde. Du nord au sud, à l’ouest comme à l’est, l’ACAT s’efforce de rester constamment vigilante et active pour qu’enfin torture et peine de mort ne soient plus.

 Concrètement comment agissez-vous ?

L’action de l’ACAT consiste tout d’abord dans la vigilance, grâce à son réseau d’informateurs ainsi qu’à celui d’autres ONG. Nous veillons sur les pratiques de torture et les exécutions capitales dans le monde entier.

Ensuite, notre rôle est d’informer l’opinion publique et de dénoncer par différents moyens tels que des conférences, des campagnes de presse, des publications, des témoignages et par notre mensuel le « Courrier de l’ACAT ».

Nous participons aussi au soutien des victimes par des lettres et des signatures que nous adressons directement auprès des gouvernements concernés et de leurs ambassades en France.

Nous intervenons auprès du gouvernement français par des prises de position et des recommandations quant à la politique internationale de notre pays.

Bien sûr, nous prions avec les chrétiens de toutes confessions pour que la torture et la peine de mort soient abolies dans le monde ainsi que pour les cas particulier pour lesquels nous intervenons.

Enfin nous voulons impulser une réflexion et éduquer par des colloques, des séminaires ou des outils pédagogiques.

 Quelles particularités chrétiennes l’ACAT apporte-t-elle sur ce terrain d’action ?

En tant que disciples du Christ, nous reconnaissons dans le Crucifié le frère de tous les torturés. Les chrétiens, porteurs de la bonne nouvelle de Jésus-Christ ressuscité, sont invités, par l’Évangile, à prendre la défense de leurs semblables, sans distinction de race, de sexe, de nationalité, de croyance ou d’opinion.

Le message d’amour de Jésus, notamment vis-à-vis des plus petits et de ceux qui souffrent, constitue notre fondement éthique :

 « J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger et vous m'avez recueilli ; nu, et vous m'avez vêtu ; malade, et vous m'avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi. »

Comme je le disais, nous menons notre action dans la prière, et nous voulons le faire ensemble, entre chrétiens de différentes confessions. Au sein de l’ACAT catholiques, orthodoxes, protestants ont dépassé leurs luttes anciennes et travaillent ensemble au coude à coude. Ils considèrent en effet que leurs différences sont plus un enrichissement qu’un obstacle à leur action.

 « Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ? Quand nous est-il arrivé de te voir étranger et de te recueillir, nu et de te vêtir ? Quand nous est-il arrivé de te voir malade ou en prison, et de venir à toi ? Et le roi leur répondra : En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait ! » (Mt 25.35-40 TOB).

 Vous est-il possible de savoir quels sont les résultats de vos actions ?

Laissez-moi d’abord vous dire que agir est efficace ! Certes, la torture se pratique encore couramment dans près de la moitié des pays du monde. Mais les milliers de lettres envoyées chaque année, les pressions incessantes sur les gouvernements, la sensibilisation et la mobilisation des opinions publiques produisent des résultats.

Des hommes sont libérés. Des dictatures voient leurs comportements dénoncés devant l’opinion publique mondiale. Le droit international progresse. Chacune de ces victoires sur la mort et la douleur est le résultat d’un travail collectif. Elles s’obtiennent par la conjugaison des efforts des individus, des associations et des responsables qui, partout dans le monde, oeuvrent à la promotion des droits de l’homme. C’est à cela que nous voulons participer.

Concrètement, ce sont environ 150 personnes qui sont libérées chaque année suite aux 100.000 lettres envoyées par nos adhérents ou à des interventions directes de l’ACAT, aux côtés d’autres associations. Mais ce sont aussi des condamnés à mort dont la peine a été commuée ; des personnes qui étaient torturées et qui ne sont plus livrées aux bourreaux ; des prisonniers détenus au secret, sans jugement qui ont pu bénéficier d’un procès ; d’autres privés de soins, de nourriture… ont vu leurs conditions de détention s’améliorer ; d’autres encore, alors qu’ils étaient condamnés à de longues peines ont vu la durée de leur détention réduite grâce à ces courriers et à l’ensemble de nos actions.

Des membres de l’ACAT-France soutiennent aussi moralement quelques 200 prisonniers (dont une centaine de condamnés à mort aux USA) par leur correspondance. Ces lettres leur apportent un indispensable soutien moral. Bien souvent, elles sont leur principale source d’espoir. Elles les aident à survivre. De plus, les prisonniers en faveur desquels nous intervenons apprennent tôt ou tard l’existence d’un mouvement international en leur faveur. C’est pour eux une irremplaçable aide psychologique.

L’ACAT-France soutient aussi des associations qui travaillent pour le respect des droits de l’homme dans les pays qui pratiquent la torture, protège leurs membres, entretient leur courage et appuie leurs efforts pour l’avènement de véritables démocraties.

Dans notre pays, nous apportons aussi une aide juridique à des demandeurs d’asile. Ceci permet, chaque année, à une trentaine d’entre eux, de bénéficier d’un statut de réfugié. Ils échappent ainsi aux risques de torture ou de persécution qui les ont poussés à fuir leur pays.

Par ailleurs, les actions répétées en direction de nos propres gouvernements contraignent de plus en plus ceux-ci à faire état de nos exigences en matière de droits de l’homme à l’occasion des rencontres internationales (sommets, relations bilatérales…). L’impunité dont bénéficiaient les bourreaux commence à reculer. La Cour Pénale Internationale (CPI) commence à fonctionner. Des tribunaux spécifiques chargés de juger des criminels de guerre ont été constitués (Rwanda, ex-Yougoslavie). Tous ces progrès sont fragiles, éphémères, et peuvent être remis en cause.

Un seul homme qui échappe à ses bourreaux suffit à justifier tous nos efforts !

Propos recueillis par Pierre de MAREÜIL


Numéro Journal: 53

Date: 2003-04-02

Titre: Le coffret «Chercher. Et trouver»

Préambule: Un outil pour faire connaître Jésus autour de nous

Texte:

C’est donc dans le cadre de l’ que Agapé France, la Société Biblique Française et la Ligue pour la Lecture de la Bible se sont réunis pour éditer un coffret comprenant une vidéo, un nouveau testament et un livre.

 Voici comment ces trois organismes se sont répartis les rôles :

Agapé France propose le film Jésus : tourné en Israël par la Warner Bros, basé sur le script de l’évangile de Luc, il vous montre en 90 minutes toute la vie de Jésus, sans fioritures ni romance.

Jésus a eu sur l’histoire de l’humanité un impact plus considérable que celui d’aucun autre être humain.

Sa personnalité était hors du commun : les foules se pressaient sur son passage pour l’écouter enseigner et assister à ses miracles.

Son message était puissant : des milliers de personnes l’ont suivi. Certains ont tout abandonné pour le suivre.

Son message était unique : il affirmait être le Fils de Dieu.

Ce film est l’histoire d’un homme qui a ébranlé les autorités de son époque et qui pouvait inspirer aux uns loyauté et dévotion, jalousie et haine à d’autres. C’est l’histoire de l’homme qui bouleverse l’histoire des hommes et qui donne un sens profond à la vie de quiconque ose le suivre.

Ce film est un drame plein de surprises, avec un dénouement inouï.

Voici le film le plus traduit et regardé au monde.

 

La Société Biblique Française propose le Nouveau Testament : la version “Parole de Vie” utilise des mots simples, ceux du langage de tous les jours. Respectueuse des textes originaux, cette traduction en « français fondamental » a été contrôlée par des spécialistes et approuvée par les principales églises chrétiennes.

 “Parole de Vie” est tout indiquée pour découvrir la saveur et l’actualité de la Bible.

La Ligue pour la Lecture de la Bible propose la brochure “Voici l’homme Jésus” : Qui était cet inconnu célèbre ? Comment en savoir plus sur l’homme et son message ? Peut-on se fier aux témoignages de l’époque ? Pourquoi le message de Jésus transcende-t-il les siècles ? Se peut-il que lire la Bible change la vie et le monde ?

Avec ses images du film, ses nombreuses illustrations, voilà quelques questions auxquelles ce livre tente de répondre. Et peut-être aussi les réponses à des questions plus existentielles.

 Comment utiliser le coffret ?

Cet outil proposé pour une somme assez modique (de 4 à 10 € selon la quantité commandée) ne demande ni d’être un évangéliste affermi, ni d’être mu d’un courage sans égal pour l’utiliser. En effet, quoi de plus facile que de faire un cadeau à quelqu’un ? Il faut d’ailleurs ajouter que sa présentation le rend tout à fait attractif et en fait un beau cadeau…

Il est utilisable dans différents contextes, que ce soit individuellement ou pour un projet de plus grande envergure pour une Église. Dans ce dernier cas, Agapé France propose de piloter des projets appelés « Semer l’Évangile » qui prévoient des pistes d’organisation, des aides à la formation ainsi qu’un ensemble de matériel permettant une distribution large et intelligente (qui évite le gaspillage) de ce coffret dans votre ville… parlez-en à vos responsables d’Église et contactez Agapé pour plus de détails !

Avec ce coffret « Chercher. Et trouver » tous les prétextes sont bons pour faire connaître Jésus autour de nous pendant cette année de la Bible : anniversaires, fêtes, témoignages d’amitié…. Voilà un bon objectif pour chacun d’entre nous…

Fiche préparée par Pierre de MAREÜIL À l’aide de renseignements fournis par Agapé France


Numéro Journal: 53

Date: 2003-04-02

Titre: L’aide à domicile La Maraude à Beauvais

Préambule:

Texte:

Voilà que depuis janvier 2003, l’aide à domicile touche aussi les “sans domicile”, les exclus qui vivent dehors, été comme hiver, à la recherche chaque jour d’un coin où passer la nuit. Certes, Xavier Emmanuelli a créé le 115, appel téléphonique gratuit où toute personne sans domicile peut recevoir immédiatement une orientation vers un lieu d’accueil qui l’hébergera. Mais, parmi les exclus, il en est qui n’ont même plus le ressort nécessaire pour téléphoner, tant ils sont déstructurés intérieurement ; ils s’estiment incapables d’envisager le retour vers la société. Ce sont eux qui défraient la chronique lorsque l’un d’eux, souvent une femme, meurt de froid sur les trottoirs de nos villes.

Françoise LIENARD, directrice adjointe du Centre d’Accueil de l’ABEJ nous raconte : A Beauvais, la DDASS (Action sociale départementale) vient de charger notre centre d’hébergement et de réinsertion sociale de fonder un SAMU SOCIAL pour s’occuper de ces personnes qui sont en danger de mort dès que l’hiver se fait trop rigoureux et aussi quand, touchées par une maladie, celle-ci s’aggrave à cause des conditions de vie et de l’absence de soins. .Au lieu d’attendre que les personnes viennent à nous, nous avons relevé le défi de l’administration en allant vers ces personnes démunies.

 

Une équipe, composée d’un homme et d’une femme, sillonne la ville à bord d’une camionnette, chaque soir de 20 heures à minuit : c’est la maraude. Mot dangereux s’il en est, parce que s’il évoquait dans le passé le vol de fruits, légumes et volailles dans les fermes, ce n’est sûrement pas de cela qu’il s’agit ! Dans son emploi moderne, on parle d’un taxi en maraude qui circule à vide, lentement, à la recherche d’un client, dit le dictionnaire. N’hésitons pas à retenir cette seconde acception puisque aussi bien il faut circuler lentement à travers la ville pour découvrir les personnes en danger pour elles-mêmes, si elles persistent à passer la nuit dehors.

 L’ETINCELLE

Pour bien comprendre l’état d’esprit de ces personnes, il faut savoir qu’elles sont de toutes origines sociales et qu’elles ont, semble-t-il, dépassé le point de retour à la vie normale. Ayant perdu emploi, logement et bien souvent aussi leur conjoint, elles ont totalement perdu confiance en elles-mêmes et ont atteint le fin fond du désespoir, de sorte qu’il leur paraît tout à fait inutile de se battre pour une amélioration quelconque de leur état.

 

La “Maraude”, c’est donc le nom de cette action en direction des plus démunis, qui permet d’aller vers ces exclus, hommes et femmes et, chaque fois, il faut une lutte âpre contre le désespoir qui les pousse à penser que plus rien ne vaut la peine. C’est donc un patient travail d’approche, de relations pour faire naître la confiance, afin d’avoir quelque chance de voir acceptée la proposition d’abri ou d’hébergement. Mais c’est rarement qu’on réussit dès le premier contact ; en proposant une boisson chaude, une couverture, on engage le dialogue. Il s’agit d’ « apprivoiser » la personne, disait Xavier Emmanuelli, et créer les conditions de confiance qui déclencheront peut-être l’étincelle qui rendra à la personne le désir de revenir vers la société

Pour cela, plusieurs passages sont nécessaires et chaque fois, on reprend le dialogue qu’on recommence d’ailleurs souvent à zéro. “Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage” ; dans cette action, ce vieil adage prend toute sa valeur !

 

Faire naître le désir de se réinsérer dans la société n’est donc pas chose facile. Il faut que l’équipe prouve sa compétence en offrant des solutions immédiates à des problèmes du moment ; ils serviront de gages donnés à la personne, qu’elle peut faire confiance à l’équipe, au-delà de ce mauvais passage, en acceptant le projet de réinsertion qui lui est présenté.

 

En voici un exemple : Ce soir-là, l’équipe du SAMU SOCIAL est allée à la rencontre d’une jeune femme qui est dans la rue depuis quelque temps, éloignée de tout contact. Très vite, les travailleurs sociaux se rendent compte qu’elle a une jambe plâtrée mais qu’elle ne dispose d’aucun soin adapté au port de ce plâtre.

 

Après lui avoir offert un potage, l’équipe engage le dialogue et réussit à établir une mise en confiance certaine sur laquelle elle peut construire. Les palabres terminées, la jeune femme accepte d’être accompagnée aux “Urgences” de l’hôpital de Beauvais. Là, elle reçoit les soins nécessaires et on la fait bénéficier d’un séjour de trois semaines en maison de repos. Notre Centre d’accueil “Le Chemin” s’engage alors à la prendre en charge à sa sortie pour commencer un réel travail de réinsertion sociale.

 

Cet exemple nous montre bien qu’il ne faut surtout pas se décourager ; car c’est ainsi qu’en offrant “des relations nouvelles et des recommencements possibles”, comme le dit la Charte de l’ABEJ, on parvient à “sauver” un frère ou une soeur en humanité.

 

Lisez, faites lire ces pages sur l’ABEJ aux JEUNES qui vous entourent, vous participerez ainsi à l’éveil de vocations de travailleurs sociaux engagés sur le plan de la foi, dont nous aurons de plus en plus besoin, vu le vieillissement de la population.

ABEJ


Numéro Journal: 53

Date: 2003-04-02

Titre: Versailles Le Chesnay Un miracle à vivre en permanence

Préambule: Interview d'Emmanuel Bujiriri, son pasteur.

Texte: Je crois que les débuts de votre Église ont été difficiles ?

L’Église a été créée en 1978 par le missionnaire brésilien Paul Soria. Après un début difficile, l’église a vécu ce que ce pasteur appelle dans ses rapports : « l’histoire d’un miracle ». En 1986, l’Église compte 56 membres inscrits, mais c’est une centaine de personnes qui se retrouvent à l’église tous les dimanches matin. Le départ du premier pasteur entraîne la défection de certains membres de l’Église. La fréquentation au culte baisse (environ 50 personnes), cependant le nombre des membres inscrits varie entre 40 et 50 personnes. En 1998, la situation se dégrade. Des mécontentements sont exprimés, l’Église se divise, certains membres préfèrent démissionner, des amis prennent du recul…

Le nouveau couple pastoral arrive en janvier 2001. Le terrain est balisé par tout un travail de médiation initié et mené par la FEEB. Mais il faut encore conduire l’Église à faire le deuil du passé, à replacer sa confiance en Dieu et à vivre en tant que communauté chrétienne.

 Comment garde-t-on l’espérance dans ces conditions ?

Comme le psalmiste, nous disions : « je lève les yeux vers les montagnes ; d’où me viendra le secours ? Le secours me vient de l’Éternel qui a fait les cieux et la terre ». Et, à Jésus de confirmer la réponse : « … et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et la puissance de la mort n’aura pas de force contre elle ».

Le Seigneur est Tout Puissant. Il ne laissera pas tomber son œuvre. Et nous étions convaincus que dans sa toute puissance il n’avait besoin de personne pour agir. Mais notre encouragement était de savoir qu’il avait choisi d’agir avec nous !

 Et aujourd’hui ?

Nous sommes encore une toute petite communauté de 31 membres inscrits avec la participation au culte d’une moyenne de 22 adultes, 6 adolescents et 15 enfants. Mais il y a aussi, à Versailles et à Villepreux, deux groupes de maisons rassemblant 5 à 7 personnes, un groupe de jeunes et une école du dimanche pour enfants.

Malgré notre petit nombre, nous avons de bons prédicateurs et un bon groupe de louange avec une musique de qualité… Nous avons tout pour grandir mais nous restons petits ! En cela, nous avons besoin des prières et du soutien d’autres Églises comme celle d’Angers avec laquelle nous collaborons depuis le début de mon ministère et celle de l’Église roumaine à Paris, avec laquelle nous venons de commencer un partenariat.

 Rencontrez-vous aussi les autres Églises autour de vous ?

Oui, nous avons une bonne collaboration avec les autres Églises évangéliques de la région. Nous avons partagé des soirées de louange ensemble, et les jeunes de notre Église participent à certaines activités organisées par les Églises de la région. Les pasteurs des Églises évangéliques indépendantes, des Églises réformées évangéliques, des Églises pentecôtistes, l’Église nazaréenne et notre Église se retrouvent dans la pastorale Yvelines Sud. Nous prions ensemble et pouvons nous encourager mutuellement dans notre ministère. Dans le cadre de l’année de la Bible nous organisons ensemble un concert avec la participation d’une grande chorale new-yorkaise le dimanche 16 mars. À cela s’ajoute aussi la participation à des rencontres œcuméniques entre protestants et catholiques.

Dans la ville, nous organisons de temps en temps des soirées culturelles et des concerts avec le concours occasionnel de la mairie. Les nouvelles de l’Église paraissent aussi dans « Événements », le mensuel de la municipalité du Chesnay.

 Quels sont vos projets maintenant ?

Pendant 25 ans, nous avons bénéficié d’une salle municipale, ce qui a permis le développement de l’Église et sa présence dans la ville. Malgré les difficultés qu’elle a connues, sa taille actuelle et ce qu’elle doit affronter pour se développer, nous pensons à l’implantation et la croissance de l’Église au sein d’une ville précise par l’acquisition d’une salle. Lors de notre assemblée générale ordinaire du 16 février 2003, nous avons décidé de cibler une ville pour sa proximité avec les membres de notre Église et son besoin d’évangélisation et d’y axer notre action d’évangélisation.

 Qu’est-ce qui pourrait vous encourager ?

Nous avons amorcé la prospection et nous vous invitons à nous rejoindre dans la prière et la foi. Nous avons besoin, pour la réalisation de ce projet, du soutien spirituel et pourquoi pas matériel des uns et des autres (je pense aux Églises mais aussi aux individus).

Nous vous invitons aussi à prier pour un réveil dans notre Église afin que nous ne restions pas seulement une Église de consommateurs, mais que tous retrouvent leur place au sein du corps de Christ. Nous voulons que Dieu accorde le don de discernement à nos responsables afin que les compétences et les dons de chacun soient identifiés et que le Seigneur nous permette de faciliter leur utilisation pour l’édification mutuelle et la croissance de son Église.

L’année dernière l’Église a été secouée par une vague de maladies qui a frappé quatre fidèles actifs dont trois sont encore en convalescence, et notre prière est de les voir tous en pleine santé pour témoigner des merveilles qu’ils ont vécues avec le Seigneur.

 Pouvons-nous venir vous voir ?

Mais oui, venez nous rencontrer ! Il y a de la joie, de la convivialité et de la fraternité qui vous encourageront. Nous serons aussi encouragés par votre présence, votre témoignage, votre sourire ; nous en avons tellement besoin.

Propos recueillis par Brigitte GOMA MABIKA


Numéro Journal: 53

Date: 2003-04-02

Titre: L’accompagnement spirituel

Préambule: « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. » Cette Parole du créateur (Genèse 2.18) n’exprime pas seulement le bien-fondé du couple. Elle dit aussi la nécessité pour tout être humain de vivre en relation avec d’autres. Nous en avons besoin pour vivre. C’est tout à la fois le témoignage de notre richesse et de notre fragilité. Les chrétiens, pasteurs y compris, n’échappent pas à cette règle. C’est sans doute la raison pour laquelle Dieu a donné à ses enfants le privilège de la famille chrétienne. Encore faut-il donner à la communion fraternelle toutes ses possibilités. L’accompagnement spirituel en fait partie.

Texte:

avril03


Numéro Journal: 53

Date: 2003-04-02

Titre: L’accompagnement spirituel

Préambule:

Texte:

Il arrive que des pratiques très anciennes doivent, dans certains milieux, être remises au jour après avoir été oubliées. Nous pouvons, sans crainte de nous tromper, constater que c’est effectivement le cas de l’accompagnement spirituel.

Il s’agit d’une pratique qui, sous des formes et des noms divers, a toujours existé dans les Églises. On a longtemps parlé de « direction spirituelle », voire de « paternité spirituelle », surtout dans l’Église catholique, et les protestants ont assez vivement pris leurs distances d’avec ce qui leur apparaissait comme une prise de pouvoir sur la conscience d’une personne. Réagissant contre ce qui a pu donner effectivement lieu à des excès, nous avons sans doute  « jeté le bébé avec l’eau du bain ».

On peut cependant remarquer qu’en bien des lieux, les milieux évangéliques et le protestantisme en général s’intéressent à nouveau à cette question. Des livres sortent, des sessions de formation existent et si, en France, nous nous servons la plupart du temps du terme d’accompagnement, les évangéliques anglo-saxons n’hésitent pas à parler de direction spirituelle pour dire la même chose.

 De quoi s’agit-il ?

Il s’agit au fond d’une réalité assez simple : la prise de conscience du besoin que nous avons les uns des autres dans notre marche avec Dieu. Bien sûr, nous lisons la Bible, participons au culte, entendons des prédications et des études bibliques et nous en recevons bien des choses. Mais ne nous arrive-t-il pas de ressentir la nécessité de quelque chose de plus précis ? N’ai-je pas besoin d’une écoute qui soit attentive à mes questions et à mes fardeaux, d’une parole qui s’adresse à moi dans la spécificité de ma situation ? Il y a bien des choses qui ne se transmettent que de personne à personne. Il arrive souvent que nous recevions, sans l’avoir attendu, une aide, un encouragement de quelqu’un qui ne pensait pas nous aider. Dieu peut se servir de mille moyens involontaires pour nous faire avancer. Mais il trouve, dans cette petite partie de sa création que sont les protestants français, des blocages tout particuliers. Nous sommes d’abord des individualistes forcenés. Comme si tout se jouait entre Dieu et moi, dans une glorieuse rencontre solitaire. Nous disons souvent, pour accompagner le cheminement spirituel des chrétiens : lis ta Bible et prie ! On ne saurait mieux dire et ces deux disciplines sont aussi saines qu’indispensables, mais elles soulèvent bien des problèmes. Il faut reconnaître que cette situation convient peut-être à de fortes personnalités qui trouvent ainsi (oh combien !) toute liberté de s’épanouir. Mais pour les gens « normaux » qui auraient besoin d’aide, de soutien, il peut y avoir un manque véritable et il est tentant de s’installer alors dans une médiocrité bienheureuse ou souffrante. Alors que l’attente était là et qu’il aurait suffi de peu de choses…

 Une si longue tradition

Le christianisme a pratiqué l’accompagnement depuis toujours. Certaines lettres de Paul sont des lettres d’accompagnement spirituel (on pourrait même parler de direction) adressées à tel ou tel de ceux qu’il a formés

Plus tard, les chrétiens venaient de loin rencontrer les pères du désert pour recevoir d’eux une parole vivifiante et nourrissante. Et depuis, que ce soit parmi les moines ou plus largement dans l’Église, cette pratique a continué.

L’époque de la Réforme a été, dans ce domaine, riche tant du côté protestant que du côté catholique. Un des éléments essentiels du mouvement réformateur a été l’accent mis sur le fait que tout chrétien était appelé, selon sa vocation, à vivre la plénitude de la vie chrétienne. On n’est pas seulement fidèle à l’appel de Dieu en devenant religieux, mais en vivant pleinement l’Évangile dans la condition qui est la nôtre. Etre accompagné spirituellement devient alors d’autant plus important que l’on est sorti de l’image classique de la fidélité monastique. Les protestants connaissent donc, à leur manière, la direction et on a pu écrire un livre sur « Calvin, directeur d’âmes1 », mais la Réforme catholique va connaître une immense richesse en la matière. Il suffit de mentionner les deux grands courants spirituels qui ont dominé l’époque, la réforme du Carmel d’une part, avec Thérèse d’Avila et Jean de la Croix, et les jésuites fondés par cet étonnant pédagogue que fut Ignace de Loyola dont les « exercices spirituels » ont pour but le discernement de la volonté de Dieu. François de Sales, à la même époque, a été un directeur spirituel plein d’attention et de sensibilité.

Du côté protestant, ce sont les réveils qui ont toujours remis en valeur cette dimension. Le piétisme allemand comme le réveil méthodiste ont compris l’importance des petits groupes de partage. C’est que tout réveil s’accompagne du désir intense de beaucoup de vivre en communion avec Dieu. Il faut alors prendre en compte la réalité du vécu de chacun et ne plus se contenter de ce qui est universellement vrai, mais parfois difficilement applicable.

 L’écoute et la parole

Pour accompagner, il faut d’abord apprendre à se taire et à écouter. C’est peut-être cela qui rend cet exercice si rare en nos milieux… Il faut écouter car beaucoup sont découragés et écrasés par les fardeaux qu’ils portent, les questions ou les doutes qui les travaillent, sans pouvoir les partager. Écouter avec amour, c’est déjà aider, permettre à l’autre de se dire et, par là, de prendre peut-être conscience de bien des choses. Mais il arrive un moment, où accompagner, c’est aussi parler, répondre à la parole entendue et reçue. Nous sommes là dans l’ordre de l’échange. L’accompagné comme l’accompagnateur sont ensemble à l’écoute de Dieu, et l’accompagnateur est là pour aider et non pour être un intermédiaire entre Dieu et la personne. Les paroles qu’il apportera ne seront donc que proposées. Elles n’auront pas d’autre poids que celui que l’accompagné leur reconnaîtra car elle ne sont pas l’expression d’une autorité, mais le fruit d’une écoute de l’autre et de Dieu et de l’écho que cela a suscité dans le cœur.

On comprend aisément que les dangers sont nombreux. Celui, d’abord, de parler trop vite et de plaquer sur l’interlocuteur tel verset biblique ou telle solution toute faite qu’il n’est pas prêt à recevoir. Le conseil peut être judicieux, il n’en est pas moins inutile, car inadapté ou prématuré. La tentation est grande, et c’est peut-être le danger principal, d’exercer un pouvoir sur l’autre, de devenir un « maître » ou un « père » (Mt 23.8-12) et d’oublier que nous ne sommes que frères et compagnons de route. Cela va souvent de paire avec l’oubli des différences de nos cheminements. Ce qui a été vrai et bon pour moi, ne l’est pas nécessairement pour toi, car nous ne sommes pas identiques. Encore faut-il comprendre et percevoir la diversité des chemins.

 Comment pratiquer ?

L’accompagnement spontané vient simplement du souci de l’autre et de l’amitié. Il est fait de partage, d’écoute et d’encouragement. Et heureuse est la communauté où il existe tout naturellement. Il est des gens vers qui les autres se tournent naturellement pour demander conseil. Certains peuvent ainsi exercer dans l’Église un véritable ministère. C’est bien sûr le rôle normal des pasteurs. Mais tous ne sont pas motivés de la même manière et un seul pasteur ne suffirait sans doute pas à la tâche dans une Église d’une certaine importance. D’autres pourront accompagner, mais il sera important d’être attentif aux personnes qui souhaiteraient le faire. Ont-elles déjà eu l’occasion de le faire spontanément ? Il est bon qu’elles aient une certaine expérience, une maturité spirituelle et humaine ainsi qu’une base biblique et théologique assez solides. Et peut-être profiteraient-elles d’une formation qui les aide dans ce service.

L’accompagnement spirituel repose sur la prise au sérieux de chaque chrétien et de l’appel qu’il a reçu à vivre en communion avec Dieu. Accompagner, c’est prendre soin de chacun et tout particulièrement de ceux qui en ressentent le besoin. Certains resteront sans doute étrangers à ces possibilités offertes, mais il ne faudrait pas que d’autres abandonnent la route ou quittent l’Église pour n’avoir pas trouvé d’oreille attentive et pour avoir en vain cherché aides et conseils alors qu’ils étaient dans le besoin. Il en est Un qui nous accompagne sur nos chemins, mais il nous est souvent utile qu’un frère ou une sœur soient également là pour nous manifester que nous faisons bien partie d’un corps, le Corps du Christ. 1 Jean-Daniel Benoît, Calvin directeur d’âmes, Strasbourg, éd. Oberlin, 1947.

Louis SCHWEITZER


Numéro Journal: 53

Date: 2003-04-02

Titre: Il y a aussi des pasteurs qui souffrent

Préambule: Les pasteurs ont eux aussi besoin, parfois, d’être accompagnés. Quand le ministère devient trop lourd à vivre… Dans les Alpes de Haute Provence, Entrepierres est un lieu de ressourcement qui leur est réservé. Entretien avec Jonathan Ward, pasteur et psychothérapeute, responsable de ce centre d’accueil.

Texte

Pouvez-vous nous présenter le centre d’Entrepierres, son objectif et son équipe ?

Après une période de service intense, Jésus dit à ses disciples : « Venez à l’écart dans un lieu isolé, et reposez-vous un peu. » (Mc 6.31). Aujourd'hui encore, cette invitation s'adresse à ceux qui sont au service du Maître car le besoin de repos est toujours d'actualité

Pour les pasteurs et les missionnaires, Entrepierres est un lieu qui peut répondre à ce besoin.

De plus, ceux qui sont engagés sur le « front » ont parfois besoin d'un lieu de soin et de restauration où ils peuvent prendre du recul et être écoutés. Entrepierres est là aussi pour eux. En effet, il y a des moments où les serviteurs de Dieu sont confrontés à des difficultés dans leur service. Semer dans une terre aride est un défi qui peut engendrer des sentiments de solitude, de découragement, de culpabilité, d'épuisement, voire de dépression.

Entrepierres est situé en Haute Provence, près de Sisteron, dans un cadre tranquille et retiré.

Plusieurs gîtes sont équipés pour recevoir les serviteurs de Dieu. L'œuvre est gérée par une association loi 1901 à but non lucratif et à caractère interdénominationnel. Elle est appuyée par un Comité de Référence inter Églises.

L'équipe, qui comprend actuellement quatre couples bénévoles, est composée de permanents et d'associés expérimentés (pasteurs, psychothérapeutes, médecins). Cependant, Entrepierres n'est pas un centre médicalisé. Il n'offre ni accompagnement psychiatrique, ni suivi à long terme.

 Pourquoi avoir créé un centre réservé exclusivement aux pasteurs et aux missionnaires ?

Le serviteur de Dieu doit gérer un rôle parfois difficile et un mode de vie particulier (manque de résultats visibles, exposition aux regards et aux critiques, attentes parfois démesurées, solitude…). Il ou elle a besoin de s'échapper et de trouver une oreille attentive, mais pas n'importe laquelle, car sa fonction l'empêche souvent de se confier à quelqu'un de son entourage. Entrepierres répond à ce besoin d'écoute et de partage dans la neutralité et la confidentialité.

Les pasteurs et les missionnaires ont également besoin de détente et de repos. Beaucoup négligent leurs congés, au péril de leur santé et de leur vie de famille ! Cependant, ils n’ont pas toujours les moyens d'aller quelque part

Pour cette raison, la participation aux frais de séjour est laissée à la libre appréciation de chacun. Nous nous offrons ainsi le plaisir d'accueillir des personnes sans les contraintes habituelles d'une location de gîte en Provence.

 Pensez-vous que les pasteurs d’aujourd’hui souffrent plus qu’autrefois ?

Oui, certainement. Notre société met toujours plus l'accent sur la production et le rendement. Ainsi dans l'Église, il est tentant de mesurer le succès du serviteur en fonction des résultats, ce qui met une pression énorme sur ses épaules.

Une autre difficulté provient du nombre croissant de personnes dans les Églises qui sont issues de familles éclatées. Cela augmente inévitablement la charge du pasteur qui, plus que jamais, est amené à panser les plaies des âmes blessées. Certains voudraient même faire de leur pasteur leur « psy », ce qui n'est ni sa fonction ni sa formation.

Il y a forcément aussi une augmentation du nombre de pasteurs issus eux-mêmes de familles éclatées ou d'un passé douloureux (abandon, rejet, abus). Il en résulte qu'un plus grand nombre est en souffrance.

 D’une façon générale, comment se traduit la souffrance des pasteurs ?

Le problème le plus courant est celui de l'épuisement émotionnel ; on définit cela comme une fatigue chronique et nerveuse qui s'installe lorsqu'une personne assume un rôle ou un travail centré sur les besoins des autres, ou lorsqu'elle est dévouée à une cause qui ne produit pas le résultat attendu. On peut comprendre pourquoi cela atteint les pasteurs. D'ailleurs, les plus dévoués en sont souvent les plus grandes victimes. Les conséquences sont parfois dramatiques : désillusion, dépression, culpabilité, remise en cause de son appel, sans parler de problèmes de santé, tensions dans le couple et révolte chez les enfants.

Pour aider quelqu'un dans cet état, nous allons l'amener à examiner les facteurs qui l'auront provoqué : attentes irréalistes, perfectionnisme, surmenage, sentiment d'incompétence, besoin de se prouver, manque de repos, mauvaise gestion de son temps, manque d'équilibre entre les besoins de sa famille et ceux du ministère…

Ce qui est au centre de notre pratique c'est d'aider la personne à retrouver le sens de son appel et d'être à nouveau en mesure d'y répondre.

 Pensez-vous que les différents instituts de formation préparent bien les futurs pasteurs aux difficultés qu’ils rencontreront dans leur ministère ?

Les formations pastorales mettent généralement l'accent sur le savoir et le savoir-faire, mais négligent souvent le « savoir être ». Le premier est le plus facile à transmettre et les instituts de formation le font bien

Pour le deuxième, c'est la théologie pratique qui s'en charge, mais elle néglige parfois le besoin d'une meilleure connaissance des personnes sur le plan psychologique.

Bon nombre de pasteurs croulent sous le poids de cas difficiles qu'ils ont mal cernés (parfois en spiritualisant le problème) ou qui dépassent leurs compétences.

Je ne m'attends pas à ce que les pasteurs sachent résoudre les souffrances psychologiques des gens, mais j'aimerais voir plus de doigté dans leur façon de gérer les relations humaines et de diagnostiquer les problèmes afin qu'ils sachent orienter les personnes vers une aide compétente. De plus, cela permettrait aux pasteurs de mieux reconnaître les personnalités pathologiques dans l'Église avant qu'elles ne fassent trop de dégâts.

Quant au « savoir être », je pense que les instituts de formation ont un rôle à jouer dans ce domaine, tout comme les Églises qui leur envoient des étudiants. La plupart des pasteurs ont une trop faible connaissance d'eux-mêmes : leur fonctionnement, leurs motivations, leur personnalité et leurs dons. Après l'épuisement, la principale raison pour laquelle des pasteurs s'adressent à nous est qu'ils ne se sentent pas à la bonne place, leur poste ne correspondant pas bien à leur personnalité et à leurs dons. Un jeune pasteur a bien résumé le problème en disant : « J'ai naïvement quitté l'institut biblique, diplôme en main, pensant qu'il me suffisait de trouver une Église cherchant un pasteur. J'ignorais que n'importe quel pasteur ne peut pas correspondre à n'importe quelle Église. Faire le bon mariage n'est pas une mince affaire ! »

Pour apporter une aide concrète dans ce domaine, nous offrons à Entrepierres un service qui s'appelle le bilan de compétences pour le service. C'est un profil d'aptitude et de personnalité qui donne à la personne une meilleure connaissance d'elle-même en vue d'une meilleure attribution de poste (ou d'un cahier des charges plus adapté) correspondant à sa personne et à ses dons. Sans être la solution à tout, voilà une aide intéressante que les institutions pourraient intégrer dans leur formation.

 Nous assistons actuellement à une véritable crise de vocations pour le ministère pastoral. Comment expliquez-vous cela ?

Je crois qu’il y a d’abord une crise de leadership dans l'Église locale. On trouve de moins en moins de personnes disponibles. Les Églises devraient susciter des vocations pastorales et encourager les personnes à se former, mais au lieu de cela, elles ont parfois du mal à laisser partir les plus capables d’entre ces personnes.

Ensuite, c’est la perception du ministère pastoral qui est en cause. Quelqu'un a dit : « Être pasteur est la plus belle des vocations et le plus fichu des métiers ! » Il se peut que la génération actuelle perçoive de moins en moins le ministère comme une vocation. Dans ce cas, elle considérera le bas salaire, la charge de travail, et optera pour autre chose.

Enfin, je crois qu’il y a un problème au niveau de la définition même du travail pastoral. On attend d'un pasteur aujourd'hui un niveau de polyvalence que l'on voit rarement ailleurs. La barre serait-elle trop haute ? Eugène Peterson, dans un ouvrage très intéressant (« Les trois angles de la croissance dans le service chrétien »), explique avec force combien les pasteurs se dispersent et se détournent des actes pastoraux essentiels : la prière, la lecture des Écritures et l'accompagnement spirituel.

 Quel message adresseriez-vous aux membres d’Église au sujet de leur pasteur ?

Ayez compassion de lui ! Il est humain et il a ses faiblesses comme tout le monde. Son rôle, ainsi que celui de son conjoint, est plus difficile qu'on ne l'imagine. Certains ne se privent pas de critiquer leur pasteur alors qu'il a surtout besoin d’encouragement. À un pasteur qui osa exprimer son besoin d'encouragement, on répliqua : « Mais tu es payé pour être notre pasteur ! »

Certes, les bergers sont là pour s'occuper de leur troupeau mais les troupeaux négligent souvent les besoins de leur berger. Je pense que la responsabilité est réciproque, car la santé de l'un a un impact important sur la santé de l'autre.

Propos recueillis par Nathalie GUILLET


Numéro Journal: 52

Date: 2003-04-08

Titre: « J’étais étranger »

Préambule: Quelle réflexion apporter dans le débat qui agite nos sociétés en tant que chrétiens ? Comment la Bible et la théologie peuvent-elles interpeller nos convictions ou nos a priori ? Quelle attitude adopter envers ces personnes déracinées et meurtries ? Voila quelques unes des questions abordées dans ce dossier pour nourrir notre réflexion, notre action et nos prières...

Texte:

mars03


Numéro Journal: 51

Date: 2003-04-08

Titre: La Saint Valentin S'aimer, mais comment ?

Préambule: La Saint Valentin est une fête bien sympathique. Cependant, tous les bouquets de roses que l’on offre ce jour-là ne suffisent pas à cacher que le couple du XXIème siècle est un objet fragile. Nul besoin de démontrer qu’il se casse bien plus souvent qu’autrefois. Chrétiens ou non, ils sont nombreux ceux qui se débattent dans les conflits conjugaux et ne savent comment s’en sortir. Bien sûr, chaque couple est unique et ses problèmes le sont aussi. Mais nous vivons tous dans le même siècle et sommes peut-être porteurs, sans le savoir, de certaines « maladies » qui affectent notre conception de la vie à deux. Les articles qui suivent sont écrits en majorité par des psychothérapeutes ou des conseillers conjugaux. Tous sont chrétiens et, au-delà de leur compétence, croient profondément en un Dieu d’amour qui pose sur chacun de nos couples un regard porteur d’avenir et de paix.

Texte:

fevrier03


Numéro Journal: 52

Date: 2003-04-08

Titre: Comment devient-on demandeur d’asile ? Témoignage

Préambule: Quel est le parcours des demandeurs d’asile ? Comment les accueillir ? Quel rôle nos Églises peuvent elles jouer ? Voici quelques pistes de réflexions données au travers d’un témoignage.

Texte:

À la suite de l’occupation d’une église ou plus récemment de l’évacuation du centre de Sangatte, les médias mettent en exergue ceux qu’ils appellent les « sans papiers ». Il ne s’agit pas ici de revenir sur les différentes catégories de personnes, qui vont de l’immigré clandestin au demandeur d’asile, englobées dans cette expression mais il faut en particulier en distinguer les demandeurs d’asile. En effet, qu’il soit arrivé légalement ou non sur notre territoire, le demandeur d’asile n’est pas a priori un sans papiers. Il peut avoir les papiers d’identité de son pays d’origine et doit normalement avoir un document de la préfecture d’accueil l’autorisant temporairement à demeurer sur le sol français. Du fait des médias, ou de la déclaration d’un responsable politique ou simplement du manque d’information claire, la confusion règne dans l’esprit de beaucoup et l’amalgame est trop souvent fait.

Il ne s’agit pas ici non plus de polémiquer avec qui que ce soit mais de présenter ces personnes qui frappent à nos portes et nous demandent dans leur détresse de les accueillir.

Pour ce faire, je propose de vous présenter un exemple concret et bien réel d’une famille que notre Église du Mans a été amenée à accompagner et à héberger. À leur demande, par souci de discrétion et afin de préserver leur intimité les noms de famille dans le récit suivant ont été enlevés.

 Pourquoi fuit-on son pays ?

Comme tous les exilés, cette famille a dû s’enfuir de son pays, de sa culture, quitter parents et amis pour se retrouver dans un pays dont elle ne connaissait ni la langue, ni les usages. C’est après une persécution qui impliquait des pressions morales insoutenables, accompagnée de tortures physiques dont l’aboutissement était probablement la mort, que M. et Mme X ont quitté leur pays du Caucase avec leurs deux enfants en bas âge. La persécution venait du fait que M. X refusait de prendre part au trafic mafieux dans lequel son clan familial était impliqué et aussi de se soumettre, lui et les siens, à leurs pratiques religieuses islamistes.

Pour couronner le tout, il fit la rencontre d’un évangéliste baptiste qui lui annonça la bonne nouvelle de Jésus- Christ et se convertit. Ce fut la goutte d’eau qui faisait déborder le vase ; il savait désormais avec certitude le danger mortel qu’il encourait… Mais sa conversion eut d’autres conséquences plus positives : alors qu’il sombrait dans la dépression, voyant sa femme s’éloigner de lui car elle ne pouvait plus supporter les pressions qui pesaient sur eux, un espoir et une force nouvelle étaient nés en lui et il décida de reprendre sa vie en main et de trouver un moyen de faire vivre sa famille dans la paix. Avec son ami chrétien, ils cherchèrent différentes solutions et il leur apparut que la seule solution pour eux était de fuir et de trouver l’asile dans un autre pays. Dans l’attente, cet ami lui trouva une cachette et organisa leur fuite. Contre une dizaine de milliers d’euros ils obtinrent d’un passeur des visas pour la France et le voyage en voiture jusque dans notre pays.

 Arrivé en France, asile doré ?

Comme la majorité des demandeurs d’asile, ils pouvaient espérer que leur périple touchait à sa fin mais le parcours du combattant était loin d’être terminé. À leur arrivée en France, il leur fallut plusieurs mois avant d’obtenir de la préfecture les papiers nécessaires pour pouvoir déposer leur demande d’asile auprès de l’O.F.P.R.A. Quelques mois plus tard, ils purent commencer à bénéficier d’une allocation dite d’insertion (moins de 300 € par adulte). Je passe sur la constitution du dossier, la rédaction de leurs témoignages, la nécessité de trouver un traducteur.

Plus de six mois après le commencement de la procédure, ils furent enfin convoqués pour un entretien à l’O.F.P.R.A., en région parisienne où ils durent se rendre par leurs propres moyens. L’officier qui les reçut leur témoigna de la sympathie et leur fit comprendre qu’il soutiendrait leur cas, même si la décision ne lui revenait pas, et une première lueur d’espoir apparut dans leur ciel bien sombre.

Pourtant, quelques semaines plus tard, leur demande était rejetée. Il leur restait la possibilité de faire appel auprès de la Commission des Recours. Il leur fut alors recommandé de prendre un avocat bien qu’ils n’aient pas la possibilité de bénéficier de l’aide juridictionnelle. Or, du fait du manque d’une nouvelle version de leur témoignage, ladite commission jugea qu’elle ne pouvait donner suite à leur dossier. Et ils se trouvèrent subitement sous la menace d’une expulsion. Leur seul recours possible était de déposer un dossier de demande d’asile territorial, un type d’asile bien particulier proposé par la loi française mais obtenu par un nombre infime de demandeurs

Près de six mois après cette demande, ils n’ont toujours aucune réponse…

 Une fois toutes les procédures épuisées…

Quelle sera cette réponse ? Si elle est négative, ils seront expulsés du territoire et renvoyés dans leur pays si celui-ci est considéré comme un « pays sûr » ou, au mieux, vers un autre pays de leur choix où ils pourront éventuellement reprendre les procédures si cela leur est accordé.

Peut-être préfèreront-ils rejoindre la précarité de la foule des clandestins et vivre de petits boulots au noir jusqu'à ce que des jours meilleurs se présentent à eux…

Si la réponse est positive, leur calvaire ne sera pas pour autant terminé ; il leur sera donné une autorisation de séjour d’un an renouvelable à condition qu’ils trouvent un emploi. Mais enfin ils pourront librement s’intégrer selon leur désir dans notre société française et vivre en paix ; pourtant, ils resteront des exilés, déracinés et arrachés à leur culture par la cruauté de l’homme. Leurs enfants pourront, eux, continuer à s’épanouir dans ce pays d’accueil….

 Et l’Église dans tout cela ?

Comme je le racontais, des chrétiens de leur pays d’origine ont considéré qu’il était de leur devoir d’aider cette famille à fuir les persécutions dont elle était victime. Qu’en est-il du rôle des chrétiens dans leur pays d’accueil (au moins temporaire) ? Je ne veux pas ici faire de grand développement théologique (un article de ce dossier est consacré à ce sujet) mais peut-être que l’exemple de ce que nous avons vécu autour de cette famille au Mans pourra être d’une quelconque utilité.

Quand cette famille est arrivée au Mans c’est le président de la paroisse orthodoxe, M. Nikitine, qui les a pris en charge, les aidant dans leurs démarches administratives, dans la traduction de leurs témoignages et leur servant d’interprète. Or, lui-même ainsi que son épouse sont engagés dans l’A.C.A.T. et à ce titre, dans la Coordination Sarthoise pour le Droit d’Asile. C’est dans le cadre de l’A.C.A.T. que nous avons rencontré ces amis et qu’ils nous ont parlé de la situation de cette famille. De même, ils les ont encouragés à nous rendre visite et rapidement ils furent accueillis et adoptés par plusieurs membres de l’Église avec lesquels ils passèrent les fêtes de Noël 2001.

Depuis leur arrivée, ils étaient logés à l’hôtel où ils n’avaient pas la possibilité de faire la cuisine. L’Église proposa donc de mettre à leur disposition un petit appartement. On nous encouragea aussi à prendre leur dossier en charge afin de soulager un peu les associations de la Coordination. Suite au rejet de la Commission des Recours, nous avons mis en place un comité de soutien avec l’appui de la Coordination ainsi que de l’ensemble des Églises protestantes, le service de la Pastorale des Migrants du diocèse catholique, et la paroisse orthodoxe. Bel œcuménisme !

Depuis que leur allocation d’un an est terminée, notre A.B.E.J. locale (Association Baptiste pour l’Entraide et la Jeunesse) a décidé de récolter des fonds afin de subvenir à leurs besoins. Il faut ajouter à cet élan de générosité la mobilisation des parents d’élèves et du personnel de l’école des enfants. Or, cette générosité est largement récompensée par ce qu’ils nous apportent et par leur contribution à la vie de notre Église. Et c’est peut-être là une leçon à retenir de cette histoire : c’est en étant généreux que l’on reçoit !

 

Pierre de MAREÜIL


Numéro Journal: 52

Date: 2003-04-08

Titre: Adieu au droit d'asile ?

Préambule: « Ont-ils jamais eu leur famille lapidée ? Ont-ils jamais été chassés de chez eux ? Connaissent-ils la souffrance de l'exil forcé, l’obligation de casser sa vie comme une branche de bois mort ? »Clément Lépidis

Texte:

Oui, elle est déjà cassée la vie de ces hommes ou de ces femmes qui viennent nous voir à notre siége de l'A.C.A.T. (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture) : cette Mauritanienne violée qui, après dix ans, recommence seulement à dormir parce qu’elle est en France, cette famille algérienne dont un enfant de cinq ans s'est suicidé par peur d'être égorgé, cet autre Algérien qui a découvert un soir que sept personnes de sa famille venaient d'être égorgées, ces Congolais échappés du massacre du beach, ces Tunisiens torturés et incarcérés par le régime Ben Ali et tant d'autres blancs ou noirs. Ils ont tout abandonné, maison, métier, voiture, argent. En deux heures, certains sont passés d’une aisance enviée au dénuement total, heureux malgré tout d'avoir sauvé leur peau. Ils sont là avec leur angoisse, leur désarroi, leur confiance en nous, l'espoir que nous détenions le sésame qui leur ouvrira la porte du statut. Alors que…

Il est long le parcours du combattant du candidat réfugié

Peut-être est-t-il passé par une zone d'attente, soumis à la pression de la police pour le rembarquer, interrogé par les fonctionnaires du Ministère des Affaires Étrangères (un pré jugement quoi qu'on en dise !), traîné au tribunal de Bobigny pour que le juge décide de son maintien en zone d'attente, ou par chance de sa libération.

Le voilà maintenant à pied d'oeuvre pour commencer les démarches qu'il ne comprend pas bien. D'abord la préfecture pour l'admission au séjour. On lui donnera une convocation pour dans X mois (à Paris 10 mois !) alors que cette formalité devrait être immédiate, période pendant laquelle il n’aura comme seul titre que cette convocation. Enfin il est admis au séjour. Il peut alors saisir I’O.F.P.R.A. (Office de Protection des Réfugiés et Apatrides). Il faudra qu’il rédige un écrit crédible, cohérent et circonstancié accompagné si possible des attestations qu'il peut posséder, que par chance peut-être on ne déclarera pas être des faux ! Et attendre. Attendre d'abord une convocation pour entretien (une fois sur deux), épreuve redoutable dont certains sortent démoralisés ; attendre la décision (cela peut durer deux ans)

Pendant ce temps il ne sera pas autorisé à travailler. À moins d'être admis dans un C.A.D.A. (Centre d'Accueil pour Demandeurs d'Asile) où les places sont rares, il va toucher pendant un an une allocation d'insertion (moins de 300 euros par mois). La souffrance de ne pas pouvoir travailler, les difficultés d'hébergement, la misère : voilà le lot de la plupart.

Enfin l'O.F.P.R.A. a pris une décision. Notre demandeur est reconnu réfugié (moins d'un cas sur cinq). Il va recevoir une carte de résident de dix ans et à Dieu va ! S'il est rejeté, il va falloir aller devant la Commission des recours des réfugiés. Surgit une énorme difficulté. S’il est entré irrégulièrement (c'est le cas le plus fréquent), il ne pourra pas obtenir l'aide juridictionnelle et donc l'assistance gratuite d’un avocat. Il lui faudra alors payer un avocat, ce qui est au-dessus des moyens de la plupart. Or, sans avocat, les chances de succès devant la Commission sont maigres.

La Commission l’admet. Bien. La Commission le rejette. La suite telle que la prévoit la loi peut faire frémir notre demandeur : invitation à quitter le territoire (I.Q.T.F.), arrêt préfectoral de reconduite à la frontière (A.P.R.F.) avec renvoi dans le pays d'origine ; exécution possible. Heureusement tous les A.P.R.F. ne sont pas exécutés (environ un sur cinq). Si c'est le cas, notre demandeur rejoindra la cohorte des sans-papiers.

Vous l'avez compris. Que cela soit voulu ou non, tout est fait pour décourager le demandeur d'asile et l’inviter à aller voir ailleurs (s’il existe un ailleurs, ce qui n'est pas si sûr). À cet aspect terriblement menaçant des dispositions légales s'ajoute l'accueil rébarbatif depuis le visage fermé et parfois méprisant de l'employé de préfecture jusqu'à l'épreuve du séjour en rétention avant reconduite. Rien n'est fait pour atténuer les souffrances de ces étrangers qui souvent ne trouvent personne à qui se confier. Le parcours du combattant est aussi un chemin de croix.

Les projets de réforme du droit de l'asile tels qu'ils sont connus à ce jour (10 janvier) ne sont pas rassurants. Sans entrer dans les détails disons qu'il s'agit d'établir une certaine maîtrise du Ministère de l'Intérieur sur l’O.F.P.R.A. (aujourd'hui sous la tutelle du seul Ministère des Affaires Étrangères) et cela, quoi qu'on en dise, dans un but policier. Si ces projets sont adoptés sera confirmée la tendance lourde de l'érosion du droit d’asile. La protection de ce concept majeur en la matière risque de s'effacer devant le contrôle administratif et policier.

Le droit actuel et le droit à venir ne sont sans doute que la traduction des vœux d'une société qui repliée sur ses biens, son confort et ses peurs ne veut rien savoir du drame que vivent ces gens parmi elle, oublie cette vertu de l'hospitalité connue des Grecs et de la Bible (cf. Genèse 18 et 19), valeur essentielle pour les personnes et les groupes sociaux qui, sans elle, sont menacés d'asphyxie spirituelle

Au fond, c'est très simple. Comme le disait Carl Schmidt, un député social démocrate allemand au moment du vote de la loi fondamentale « Le droit de l'asile est une question de générosité. Il faut accepter de se tromper ». On en est bien loin en Allemagne comme en France : le soupçon a remplacé la confiance, le rejet l'accueil.

 « France prends garde de perdre ton âme »

Pierre COURCELLEA.C.A.T. France


Numéro Journal: 51

Date: 2003-04-08

Titre: Faut-il avoir peur d’être amoureux ?

Préambule: Frédéric et Caroline Marchal travaillent dans l’association Vie&Famille depuis 1992.Face à la déroute de tant de couples aujourd’hui, Frédéric s’interroge. Et si une certaine conception de l’amour, un amour idéalisé, romantique, où seul le cœur décide, expliquait bien des échecs conjugaux ? Cet amour-là, cependant, n’est peut-être ni le plus profond, ni celui auquel nous exhorte l’Évangile.

Texte: « Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants… »

La formule est dans nos mémoires, pour avoir conclu bien des contes de notre enfance. Curieusement, l'histoire se refermait toujours sur ce qui n'était au fond qu'un commencement. Comme si seul pouvait avoir un intérêt la rencontre de deux cœurs. La vie du couple serait-elle si banale pour ne pouvoir prétendre être le sujet d'un conte ? À moins qu’il ne soit déraisonnable de la décrire car ce serait prendre le risque de s’enfermer dans l'histoire d'un échec annoncé puisqu’« il ne peut y avoir d'amour heureux ». Que veut dire alors la Parole de Dieu lorsqu'elle déclare : « L'amour est fort comme la mort (…) Les grandes eaux ne peuvent éteindre l'amour et les fleuves ne le submergeront pas » (Ct 8.6, 7) ?

À bien y réfléchir, l'amour reste ce sujet mystérieux à propos duquel on balance toujours entre grandes formules définitives et tâtonnements incertains.

 De quoi souffre le couple aujourd’hui ?

Comment l’amour conjugal peut-il durer ? Notre génération est bien perplexe devant ces questions et même si le désir de voir l'amour durer est toujours aussi tenace, le triste constat de tous les couples qui nous entourent et qui finissent par se séparer nous rappelle à la réalité.

On s'est autant marié en France en 2000 qu'en 1900 (300.000 mariages), mais si un couple sur quarante seulement a divorcé il y a cent ans, un sur trois se séparera parmi ceux qui auront débuté ensemble le 3éme millénaire.

De quelle maladie serait donc atteint le couple contemporain pour ne pas pouvoir mieux survivre au temps que nos grands-parents ? La comparaison entre les générations a certes bien des limites : on se souvient bien sûr que beaucoup de familles ont été déchirées par